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  • Isabelle Fleury

Avis de recherche

Mis à jour : févr. 16

Cher Maxime,

Depuis quelque temps déjà, je te cherche en vain sur les réseaux sociaux et dans les méandres d’Internet. Je ne suis même plus certaine de me souvenir de ton nom de famille et de son orthographe. J’ai oublié le prénom de ta fille. Je doute de chaque parcelle de souvenir qui remonte à la surface. Je ne sais plus ce que tu étais venu faire à Montréal, dans ce que tu appelais, je crois, une forêt de béton. Je n’ai trouvé aucun indice dans mes anciens journaux intimes. Un an de néant, qui témoigne d’une histoire que j’ai visiblement cherché à oublier. La seule chose que je soupçonne, c’est que tu sois encore en vie, parce qu’heureusement, je n’ai trouvé aucune trace de toi dans les avis de décès.


Je me suis tellement longtemps reprochée d’avoir gâché ma première fois avec un gars de qui je n’étais pas amoureuse et avec qui je ne voyais pas d’avenir, que j’en avais perdu l’essentiel.


Le fait que c’est, simplement, arrivé. Et tout ce que ça implique.


J’étais certes confuse et j’avais le cœur brisé. Habitée par toutes ces peurs que je reconnais aujourd’hui comme étant insensées et disproportionnées, plantées dans ma tête par un passé traumatique et violent. Mais à l’époque, elles me semblaient normales et constituaient ma réalité.


J’avais peur de ne jamais être amoureuse d’un gars amoureux de moi. Que toute ma belle sensualité ne profite jamais à personne. Je croyais que c’était mon destin, de rester éternellement seule, incomprise et mal aimée. Mais surtout, surtout… j’étais terrorisée… terrorisée… à l’idée que ma première fois soit un viol. Parce que je croyais que c’était inévitable. Après tout, c’était tout ce que je méritais. Être traitée en objet.


Et toi…


Aujourd’hui, je réalise avec stupéfaction à quel point il a fallu que je me sente en sécurité et en confiance avec toi pour que ça arrive. Malgré l’improbabilité de notre rencontre et nos mondes aux antipodes, tu étais quelqu’un envers qui j’étais profondément attirée, pour qui j’avais un grand respect et beaucoup d’admiration.


Tu avais une maturité remarquable et tu étais un papa fantastique, parachuté très jeune et malgré toi dans un rôle que tu avais choisi de vivre et d’assumer. Tu faisais face aux épreuves et aux situations difficiles avec courage, détermination, empathie, humour et philosophie. Et surtout avec tellement d’amour.


Nous deux, ce n’était pas l’idéal que je voulais. Mais c’était ce dont j’avais besoin. Alors… merci.


Merci d’avoir été mon premier. Le premier à m’avoir dit que j’étais belle, le premier à avoir osé m’embrasser, le premier à ne pas avoir ressenti le besoin de s’enfuir ou de me dénigrer face à mon intelligence, le premier à ne pas m’avoir reproché mes idéaux, le premier à m’avoir traitée comme une égale, avec amour, tendresse, passion, intensité et respect.


Le premier à m’avoir dit “je t’aime”. Des mots que je ne pensais jamais entendre. Je suis sincèrement désolée d’avoir dû te briser le cœur. Je savais au fond de moi que ça ne pouvait pas fonctionner. Je me sentais bien avec toi, mais je ne me sentais pas à ma place.


Il y avait toutefois quelque chose de rassurant, pour moi, de me trouver là, dans ta petite bulle familiale. De donner un bain à ta fille adorable. De te trouver tellement cute à lire avec tes lunettes - notons ici la constance de mon attrait pour les intellos rebelles à lunettes ;). D’être regardée comme si j’étais la femme de ta vie. Tu m’offrais un monde parallèle. Loin de toutes mes peurs, de la violence et des non-dits.


J’étais rassurée dans tes bras. Et ça, tu vois, ça m’aura pris 18 ans pour reconnaître à quel point c’était, en soi, exceptionnel, et à quel point ça faisait de toi quelqu’un de merveilleux, que j’ai bien peur d’avoir perdu.


Je suis désolée d’être disparue de ta vie. Je devais guérir de ma honte et de ma culpabilité. Je m’en suis voulu d’avoir baissé ma garde, et je t’en ai voulu à toi aussi. J’essaie d’être indulgente aujourd’hui avec celle que j’étais. J’étais brisée par la violence et contrôlée par la peur. Je survivais de mon mieux. Cette forteresse sur laquelle tu t’es blessé, elle m’a gardée en vie. J’en avais besoin.


Je réalise que je n’ai jamais eu de raison de m’en vouloir. La virginité n’est pas une chose que l’on perd, mais une chose que l’on offre. Je t’ai offert la mienne parce que tu en étais digne. C’était d’ailleurs une nuit magnifique! Tu as mis la barre haute pour les suivants :)


Ça me plaisait que tu ne te laisses pas décourager par mes barrières. Ça prenait quelqu'un de bien téméraire ;) Tu m'as appris que j'avais le droit, moi aussi, d'être aimée. Merci.


Je ne sais pas où tu es aujourd’hui. J’espère que tu vas bien et que tu es heureux. Je lance ça dans l’univers. Cette place dans ma vie, je suis enfin prête à te la donner. Je serais ravie et privilégiée de te revoir et de te compter parmi mes amis :)


Isabelle

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